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Bande dessinée - Coulez, poisons!

Murena: une fresque historique sur l'ère de Néron, signée Dufaux et Delaby
 

Denis Lord
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 novembre 2004

Mots clés : Québec (province), Livre, bd

Si peu d'empereurs romains jouissent d'une réputation d'humanistes magnanimes et équilibrés, Néron -- dans l'imagerie populaire du moins -- tient le haut du podium dans la catégorie des déjantés du lobe frontal, des obsédés du glaive et de l'arsenic. Engraissant les lions avec la chair des chrétiens, ne taquinait-il pas l'archet pendant que Rome brûlait?

Avec Murena, le prolifique scénariste Jean Dufaux (La Complainte des landes perdues, Hammet) et le dessinateur Philippe Delaby proposent une vision moins caricaturale de cette époque où, n'empêche, la cruauté faisait office de vertu. Leur fresque historique, publiée par Dargaud, comptera trois cycles de quatre tomes. Moriganes, premier épisode du second cycle, sort tout juste des presses.

«Dans un premier temps, explique Delaby, Néron n'est pas fou. Il sombre dans la folie à cause de son environnement familial. Claude, son beau-père, n'était pas trop équilibré. Et avec une mère comme Agrippine, qui aurait pu rester sain ? Néron a accompli des choses au niveau de l'économie, de l'urbanisme, mais à partir du moment où il épouse Poppée, qui est une réplique de sa mère, les choses se corsent.»

Relire l'histoire

Dufaux et Delaby se sont solidement documentés pour réaliser cette oeuvre de longue haleine. Sénèque, Suétone et Tacite ont nourri leur récit, mais aussi les historiens anglais, réputés pour leur exactitude en ce qui concerne l'Antiquité, les faits, l'architecture, les costumes. Effectivement, Murena fait voyager dans le temps. On s'y croit. Et ce péplum, où l'action le dispute aux intrigues, a le mérite de présenter des personnages en demi-tons, phénomène peu commun dans les feuilletons, imprégnés de manichéisme.

 

Mais il ne faut pas appréhender Murena comme une oeuvre purement historique. Quelle histoire, d'ailleurs ? Les exégètes professent des opinions divergentes, sur la cause de la mort de Britannicus par exemple. «Qui a incendié Rome ? Néron ? Les chrétiens ? Même les livres d'histoire ne le disent pas. Nous avons inséré de la fiction dans la toile de fond de l'histoire, comme le personnage de Murena [un noble dont la mère est assassinée par Agrippine], qui sert de témoin. Nous sommes contraints de respecter l'authenticité mais nous utilisons une part de notre sensibilité, sinon ça enlèverait la joie de créer. Et les lecteurs aiment bien, même s'il se trouve toujours quelqu'un de tatillon pour nous signaler une erreur sur un détail. Un expert nous a dit que les magistrats ne portaient pas de manches courtes sous leur toge. Alors lentement, au fur et à mesure des planches, j'ai rallongé les manches !»

 

 

Delaby a repris des mains de Rosinsky le dessin de La Complainte des landes perdues, qu'il fait en couleurs directes. Pour Murena, il a confié cette tâche à Dina Kathelyn, qui travaille à partir de paramètres très précis, coloris, ombrages et atmosphères. Elle a également refait les couleurs des premiers albums, sabotées par son prédécesseur.

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